ICON en un acte

Une fenêtre s’ouvre, et du plus lointain de l’histoire chrétienne, ressurgit l’Icon.

Encore un peu sombre, marquée par les stigmates de siècles d’enfermement, de ces édifices aux arches somptueuses, d’un bleu roi éblouissant, s’avance, dans un dernier acte, la silhouette d’une femme venue interpeller le spectateur.

Seul son visage s’illumine. Mais d’où vient la lumière ? De l’extérieur ? De l’intérieur ?

Quiconque la regarde perçoit immédiatement la force de ce regard. Ce n’est pas là celui d’une femme faible, dominée, fragile ; il persiste, au fond de cette souffrance, une force et une puissance infinies, une liberté irréductible. Longues, hautes, les Icon de Gad nous dominent, paradoxalement, de toute leur fragilité.

Dans un dernier acte, elles t’interpellent, hypocrite spectateur ; elles te tendent, te transmettent, et te confient un symbole qu’il te faudra savoir lire pour pouvoir agir, à sa suite, dans le monde qui est le tien. Tu deviens le point convergent de l’œuvre. Là où toutes les lignes conduisent. Le centre de l’interprétation et de l’exégèse.

Cadeau empoisonné ou offrande essentielle à la vie ? Dans cette intimité offerte, où, à l’image des icônes des siècles passées, le personnage peut être vénéré mais non adoré, il convient moins de rendre hommage au féminin sacré que de le vivre comme un voyage vers quelque chose de plus haut et de plus beau.

L’art re-commence là, quand les larmes ont fini de couler, et qu’il reste un dernier acte à accomplir : renaître pour donner, pardonner et ouvrir à l’autre, riche de cette mémoire, un espace de vérité, de beauté et de liberté.

Alors joue à présent, spectateur, joue de ces symboles, joue du partage, de la liberté, de la paix, de l’amour, de la vie, de la beauté et de la transgression.

Il n’y a rien d’aussi sérieux.

 

Laria Yahia,
Philosophe